06 août 2017

La dialectique du fou : 13 - De la valeur et de la propriété en philosophie et en économie

La dialectique du fou

Tout le monde connaît la diagonale. Ce truc qui en travers permet d'atteindre l'autre bout du miroir sans passer par les autres sommets.

Je voudrais vous faire partager mes élucubrations lexicales, celles de mes succès et de mes échecs. C'est la raison de ce titre thématique.

Et je poursuis cette série, qui connaîtra les épisodes que je saurai y ajouter, "à demain si vous le voulez bien", comme disait un monsieur loyal radiophonique, mais aussi si je le peux bien.


De la valeur et de la propriété en philosophie et en économie

-Tout d'abord il faut essayer de comprendre pourquoi nous aurions besoin de déterminer la notion de valeur. Ca sert à quoi de donner une valeur ?

Au sens propre cela consiste à évaluer quelque chose. Cela peut être un objet, une personne, une idée, la chose peut être concrète ou abstraite, peu importe, mais nous voudrions en donner une estimation par rapport à un critère.

Je t'aime, un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout : échelle de valeur.

Vous pensiez que c'est toujours affaire de fric ? Vous aviez tort !

Donc la valeur nous permet de peser, de mesurer, de représenter la manière dont nous évaluons quelque chose ... oui mais donc en mesurant ? En créant une échelle de valeur par rapport à des choses qui peuvent se comparer à cette chose que nous évaluons.

La valeur est toujours rattachée à une chose par rapport à d'autres choses.

Il y a bien entendu une notion de grandeur puisqu'il s'agit de mesurer, une notion d'unité bien souvent puisque c'est bien plus pratique d'utiliser des unités de mesure.

Donc quelle valeur puis-je accorder au kilo de carottes que je veux utiliser pour manger ?

Quelle valeur accorder à la maison qui me permet d'être à l'abri ? A la voiture qui me permet de me déplacer, ou au billet de train pour voyager ?

Comparer des carottes, des maisons, des voitures et des trains c'est compliqué.

Si on se transporte quelques millénaires en arrière, les gens n'avaient d'ailleurs pas tous ces trucs à évaluer. Peut-être avaient-ils à mesurer la valeur des choses pour du grain, de la viande, quelques objets. Une amulette, un collier, un masque, du blé ... comment évaluer ces choses pour ... pourquoi d'ailleurs.

L'idée c'est que si je possède un machin et que le voisin aime bien ça, et que lui a un bidule qui m'intéresse : ah ben oui. Forcément, je possède un machin et lui possède un truc. Et si on échangeait ?

Ah .. la belle idée.

Donc j'ai un beau collier de perles, et toi tu as une poignée de grains. On échange.

Sauf que : couillon que je suis, j'ai mon beau collier de perles qui est rare, et je vais pas le filer au voisin contre une poignée de grains alors que lui, le grain il en a trois silos pleins. Si je fais ça, je vais bouffer ce soir, et mon collier est perdu pour moi.

Ce collier il est à moi, c'est ma propriété.

Et de deux ... Ah la belle idée.

Bon : propriété ! Le truc est depuis toujours sujet à controverse. Mais en gros la propriété que des personnes ont sur les choses correspond au fait que ces choses leur appartiennent. Ils en font ce qu'ils veulent, et les autres ne peuvent rien dire.

D'un autre côté au régime Pierrafeu, le gourdin de cérémonie peut facilement être un argument qui contredit la chose.

Mon voisin  a envie de mon collier. De deux chose l'une, ou il me propose du grain en quantité suffisante, ou l'autre c'est qu'il déboule avec un tronc d'arbre, et là il m'écrabouille, prend le collier et pif paf poum ... il est proprio du truc. Si je m'en prends une à chaque fois que je lui fait remarquer qu'il me l'a volé, il reste propriétaire.

A moins que j'aille voir les keufs pour me plaindre. Sauf que, il y a quelques millénaires les keufs se planquaient même pas, ils existaient pas.

Le keuf du coin c'était gros bras.

Donc, ou bien qu'on soit pas d'accord et on peut piquer un truc à quelqu'un qui dit que c'est à lui, et le propriétaire c'est celui qui a la chose, ou alors on est d'accord que mon voisin qui a du grain et qui veut mon collier, ça fait de nous des propriétaires de choses différentes qui pourraient s'échanger.

La normalité c'est le second cas.

Reste à déterminer combien de poignées de grains il faut pour échanger contre un collier.

Une poignée ça le fait pas du tout. Si après d'âpres discussions on tombe d'accord sur le fait que mon collier vaut 1232 poignées de blé, je suis content.

Si j'ai besoin d'une poignée de blé par jour, j'en prends pour plus de 3 ans. En 3 ans mon grain sera foutu avant de l'avoir consommé.

C'est compliqué !

C'est pour ça qu'au fil du temps on a inventé l'argent, la monnaie, la valeur d'échange.

Là contrairement à d'autres types de mesures l'humanité dans sa grande sagesse n'est pas parvenue à trouver un consensus pour définir une unité. Chacun voudrait avoir la sienne.

Et pour cause ! Mon collier de perles qui 1232 poignées de blé pourrait bien en valoir plus, ou moins, c'est selon. D'abord ça dépend de la poignée. Et ça dépend si ça dépasse.

On tombe vite dans le kilo de plume qui ne pèse pas le même poids que le kilo de plomb.

Pourquoi ? Parce qu'en gros c'est pratique pour ceux qui achètent et qui vendent de se dire que le fait d'acheter ou vendre représente un effort en soi. Que le fait de garder un objet représente aussi un effort. D'ailleurs plus j'ai d'objets que je garde sans rien en faire, plus les efforts que je fais sont importants, et j'aimerai bien que tout ça finisse par avoir de la valeur.

Du moment que ces objets m'appartiennent, que j'en suis propriétaire, je suis content parce que ces objets ont une valeur que je pourrai négocier contre des poignées de grains de blé.

Dans le principe de propriété il y a une chose cachée. La propriété me donne le droit de faire ce que je veux d'un truc, mais ça me donne aussi le droit de l'échanger, ou de le vendre. Et donc la propriété confère une valeur à ce que j'ai pour le moment où je voudrais le vendre ou l'échanger.

Ah ! Oui ... vendre ! C'est vrai. On vous a pas dit ?

Vendre, acheter, c'est échanger mais au lieu d'échanger des grains de blé contre des colliers, on convertit chaque chose en valeur. Alors la poignée de blé si c'était l'unité de valeur de base, la monnaie, il en faut 1232 pour mon collier. Mais comme c'est pas très pratique on utilise des jetons, une vieille invention ça.

Les jetons en ferraille, en métal, plus ou moins grands, pour représenter des poignées de blé. C'est la monnaie.

Il y a des jetons pour 10 poignées, pour 100 poignées. C'est pratique le pognon vu comme ça. Pognon d'ailleurs est un mot qui a la même origine que poignée. Etonnant non ?

PS : Il peut apparaître pour certains lecteurs que j’ai un avis tranché qui met opposition les vilains sophistes et les gentils philosophes. Je ne suis pas dupe, mais seulement d’une foi pas tout à fait sincère : par manque de temps ou de patience scripturale. Les sophistes à l’origine, et dans un temps où la culture n’était pas encore la nôtre, étaient des savants, des professeurs qui louaient leurs talents d’orateurs souvent pour permettre de s’opposer à l’aristocratie. Au fil du temps sont apparus des philosophes qui ont trouvé que le pouvoir des sophistes devenaient exorbitant, certains au service de l’aristocratie, et d’autres rangés à la cause du peuple.

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