06 août 2017

La dialectique du fou : 08 - Ethique et idéal

La dialectique du fou

Tout le monde connaît la diagonale. Ce truc qui en travers permet d'atteindre l'autre bout du miroir sans passer par les autres sommets.

Je voudrais vous faire partager mes élucubrations lexicales, celles de mes succès et de mes échecs. C'est la raison de ce titre thématique.

Et je poursuis cette série, qui connaîtra les épisodes que je saurai y ajouter, "à demain si vous le voulez bien", comme disait un monsieur loyal radiophonique, mais aussi si je le peux bien.


Ethique et idéal

Platon a énoncé que le bien et le mal repose sur une dichotomie entre le monde idéal, le monde des idées, et un monde moral. La morale est ce qui s'applique le mieux possible aux idéaux.

La morale appartient aux humains et l'idéal aux dieux dans le monde platonicien.

Epicure a formulé les choses différemment en prenant les choses sous l'angle du bon et du mauvais. Il a souhaité faire abstraction de l'idéal, pour exprimer les résultats souhaités des actions et en mesurer les effets. C'est la base de l'éthique qui est proprement humaine et ne vise pas à s'exprimer par rapport aux idéaux.



Il y a entre Platon et Epicure une chose nouvelle dans la pensée humaine. Epicure formalise le fait que l'existence des dieux n'est pas un fait nécessaire à l'analyse que nous pouvons faire de nos actes.


Il faut comprendre l'importance de ce tournant qui montre un changement profond qui marquera les siècles sur la question de la place des dieux, de Dieu, dans la pensée humaine.

L'existence des dieu a toujours été sujet à débat, sans aucun doute avant même Epicure et Platon.

Mais l'idée que cette question n'ait pas à être levée pour faire avancer le raisonnement est nouvelle et créative au temps d'Epicure.

Et toute controverse mise à part, il fait montre d'une modernité considérable, qui trouve écho jusque dans nos temps modernes.

Donc il y a une éthique, qui est le travail de l'esprit des humains. Celle-ci a pour but de vérifier ce qui est bon ou mauvais avant d'envisager d'en déduire ce qui est bien ou mal.


Indépendamment des idéaux, la recherche d'un résultat, d'un but et la vérification du résultat obtenu est une méthode.

Les idéaux attendront pour se dessiner que l'on apprenne de l'expérience.

Epicure a écrit deux choses remarquables, parmi d'autres :

- Hâtons-nous de succomber à la tentation avant qu'elle ne s'éloigne
- Tout plaisir est, par définition, un bien : mais tout bien ne doit pas obligatoirement être recherché. Toute souffrance est, par définition, un mal : mais tout mal ne doit pas obligatoirement être évité

Nous devons accepter la première phrase comme une boutade, un trait d'humour, à ne pas prendre au pied de la lettre, ce que d'aucun on fait sur la pensée épicurienne. et mise en lumière par l'autre citation, les deux forment une leçon de choses.

Il nous faut choisir en fonction de nos buts vers un bon ou un mauvais pas, vers un bien ou un mal, et mesurer l'effet que l'on obtient.

On mentionne généralement que la pensée épicurienne annonce l'empirisme,

L'empirisme renvoit aux théories philosophiques qui font de l'expérience sensible l'origine de toute connaissance ou croyance et de tout plaisir esthétique. L'empirisme s'oppose en particulier à théories selon lesquelles nous disposerions de connaissance, idées ou principes avant toute expérience.

Il est important de comprendre ce que sont les expériences sensibles qui, dans le cas de l'empirisme, construisent notre mémoire et notre jugement.

Les penseurs les plus connus de notre histoire ont puisé la matière première de leurs écrits dans le fil des constructions platonicienne et épicurienne.

Mais ce qui est certainement le plus important dans le fond, c'est que l'on nous explique, chez Epicure, qu'il faut "observer" avant de d'agir si on veut pouvoir envisager les conséquences possibles de nos actes et en mesurer la réalité.

Il y a une conséquence à cela. Et il ne faut pas la négliger. Si je ne sais pas percevoir une chose, il est robable que je ne peux pas en faire un sujet d'expérience. Au mieux puis-je bénéficier de l'expérience d'un autre qui aura lui eu la possibilité de raisonner sur sa propre expérience sensible.

Au pire il me faudra procéder par tentatives successives jusqu'à ce que naisse la certitude de ce que je comprends ce que j'observe.

Ainsi naît  l'idée de recherche en science qui se fonde sur les expériences permettant d'aboutir à des certitudes.

L'expérimentation scientifique devient valable, elle est validée, à partir du moment où elle peut être reproduite à conditions initiales égales, avec des effets identiques.

Et il devient alors seulement possible de valider toute théorie qui aura pu permettre à l'expérience de s'inscrire dans la recherche d'une preuve de quelque chose.

Je ne peux pas savoir si quelque chose est bon sans l'avoir goûté ou essayé, et sans avoir vérifié qu'il n'y avait pas de plus mauvais effet que le bon que j'y aurai trouvé.

Point d'idéal valable à croire qu'une chose est forcément bonne, si je ne le vérifie pas, ou au moins que d'autres l'aient vérifié. Ce qui nous impose une idée vraie, que l'éthique et la morale reposent sur la confiance que l'on a dans ce qui nous est apporté par l'éducation, la science ou la culture .... ou notre propre expérience.

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