06 août 2017

La dialectique du fou : 10 - C'est quoi cette bouteille d'Elée ?

La dialectique du fou

Tout le monde connaît la diagonale. Ce truc qui en travers permet d'atteindre l'autre bout du miroir sans passer par les autres sommets.

Je voudrais vous faire partager mes élucubrations lexicales, celles de mes succès et de mes échecs. C'est la raison de ce titre thématique.

Et je poursuis cette série, qui connaîtra les épisodes que je saurai y ajouter, "à demain si vous le voulez bien", comme disait un monsieur loyal radiophonique, mais aussi si je le peux bien.


C'est quoi cette bouteille d'Elée ?

Elée est une colonie grecque de l'antiquité qui fut installée en Campanie, près du Golfe de Salerne.

Les natifs célèbres de la colonie d'Elée sont Parménide, Xénophane, Zénon d'Elée, Mélisse ...

La colonie fut créée par des phocéens qui fuyaient l'invasion perse en Asie mineure.

Elle s'est implantée un peu au sud de Poseidonia, plus ancienne, et dont les vestiges actuels de Paestum sont assez tourneboulants. On y trouve encore sûrement mes traces de pas.



Les éléates ont créé une école de philosophie assez célèbre, dont l'une des figures est donc Zénon d'Elée.

Selon Diogène Laërce, Aristote attribue à Zénon d'être l'inventeur de la dialectique, qui est une méthode de raisonnement visant à établir la vérité en défendant successivement des thèses opposées; l'oeuvre de Zénon a été consacrée à argumenter contre les contradicteurs de son maître en philosophie, Parménide.

Parménide et Zénon auraient dit-on partagé ... pas que des idées, mais ça n'a rien à voir.

Il est principalement connu de nos jours pour ses paradoxes restés célèbres dans l'histoire de la philosophie, en particulier à cause des réfutations d'Aristote. Ces paradoxes, souvent présentés comme ayant pour but de montrer l'impossibilité du mouvement, sont aussi interprétés par certains chercheurs comme des arguments dirigés contre l’Ecole de Pythagore qui affirmait la divisibilité du mouvement.

Alors si vous vous sentez prêts ? On y va ?

Si Achille poursuit une tortue, qui se déplace bien moins vite que lui, dans un temps donné, il se rapproche de moitié de la distance initiale qui le séparait d'elle.

Dans la moitié de ce temps, il se rapproche encore de la moitié de la moitié. Mais sans l'avoir déjà rattrapée.

Et si on divise ainsi, on comprend bien que jamais Achille ne pourra atteindre la tortue.

Le temps étant divisible à l'infini, Achille ne devrait pas courir ainsi, et toutes choses étant égales autant ne rien changer puisque d'un but qui paraît accessible nous n'y parvenons jamais.

Ceci est un paradoxe. Zenon ne l'a pas énoncé pour nous inviter à glander, mais à réfléchir.

Il est évident qu'Achille aura raison de la tortue pourvu qu'il ne musarde pas en route.

Et donc ? Le temps lorsqu'on le divise nous rend t-il le service qu'on attend de lui ?

Si ce n'est pas le cas, il est indivisible.

Mouarfff !

C'est bidon. Le temps peut être divisé on s'en fiche. Pourvu qu'on divise aussi ce sur quoi il s'applique.

Le temps n'est divisible que si je prends en proportion ce que je considère par rapport à lui.

Si je passe dix minutes à t'embrouiller avec mon texte et que tu m'as suivi jusqu'au bout, tu sais que tu as passé dix minutes à me lire. Et tu sais la conclusion que je donne à mon texte.

Si tu ne me consacre que cinq minutes et que tu ne lis que la moitié, tu ne sauras probablement pas la conclusion. Et tu n'auras pas reçu la totalité de ce que je voulais te donner.

A celui qui te dit qu'on peut tout diviser pour en optimiser l'usage ou la fonction, je te dis, moi, méfies-toi !

Imagine par exemple qu'un ouvrier travaille une journée pour creuser avec pelle et pioche un beau trou carré qui fait un mètre de tous côtés. C'est un bon labeur qu'il aura fait, d'une journée de cinq heures.

Soulever ainsi, et mettre de côté un mètre cube de bonne terre avec ses cailloux, le tout pesant peut-être plus de 2 tonnes ... joli parcours.

Un illuminé "zélé" venant à ta rencontre va t'expliquer qu'il est bon de procéder à cet oeuvre en mettant au travail 50 ouvriers.

Sur le papier ou dans sa tête il met 50 personnes à travailler et divise le temps d'autant qu'il y a de gens.

Donc en six minutes le travail serait torché. Ce qui au demeurant aurait le mérite de ne pas payer bien cher chaque personne pour six minutes d'un travail léger, sans repas ni boisson.

Regardes bien avant de l'écouter. Place cinquante personnes auprès du trou à creuser. Tu vas passer du temps à gérer un foutoir, à expliquer aux gens pourquoi ils sont là, pourquoi ils doivent accepter de se faire baiser par un zélé. Après quelques moments de démocratie relative, une victime sera trouvée pour creuser son trou seul, parce qu'à la mesure d'un homme il est couillon d'y placer un troupeau.

Perte de temps, perte de la valeur attribuée au travail, et si par malheur le zélé est chef d'orchestre et que nous lui devons ou lui faisons confiance ... nous l'écoutons.

Zénon nous a apporté l'esprit de contradiction pour nous permettre de nous défendre contre les idées toutes faites. Voici donc un flacon d'esprit de Zénon.

Dis Zénon, c’est quoi cette bouteille d’Elée ?
Dis Zénon, comment on fait pas des zélés ?

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