05 janvier 2019

L'actualité sous le filtre de ma (presque) mauvaise foi. 4 au 6 janvier 2019






En bandeau :  Albert Camus (au centre), avec l'équipe de la rédaction de Combat en 1944. Crédit photo: ©René Saint-Paul/Rue des Archives (image recadrée)

Une belle revue de presse, avec plein de choses à lire pour bien tout comprendre et ne pas rester benêt comme un ministre qui ne connaît pas le prix d'un croissant ou d'un ticket de métro.

Enfin ça, c'était le genre de risque le plus grave dans une carrière de ministre du temps d'avant. De nos jours, c'est plus rock n'roll quand même. A l'heure de l'ouverture des discussions entre le gouvernement et le peuple, plus question de croissants au petit déjeuner, même pas de baguette, mais des pains par contre il y a des risques on dirait.


Griveaux a été "exfiltré" de son ministère pour éviter de payer le café à des visiteurs venus manifester bruyament. Faut dire que là, ce ne sont plus exactement des gilets jaunes hein. On y met un peu n'importe quoi dans les gilets jaunes, mais les visiteurs venus pour le goûter dans les locaux du secrétaire d'Etat ont frappé à la porte à coups de pelleteuse, ça craint.

Ils ont pas trouvé la sonnette, ou perdu le sens des convenances ?

Nous, les informés qui lisons ce journal, nous ne sommes pas dupes de la valeur et du sens des choses. On n'est pas du genre à confondre Sarkozy avec Johnny Halliday.

C'est pourtant bien ce genre de confusion que pratiquent certains dans l'entourage du président et du premier ministre ! Faut-il être nunuche à ce point ? Sarkozy, qui se voit plus comme un recours que comme un retour, fraîchement décoré de quelques poils au menton, est la caution mature de nos dirigeants. Vous m'en direz tant. Chez la droite, il y a deux sparring-partners pour ceux qui voudraient ... mais qui ont du mal à ... Sarko et Balladur.

Non, mais, sérieusement ? Je vous demande de vous arrêter les gars. Vous croyez que vous allez trouver du neuf dans du huit ?

Sarkozy ? Son entourage explique : "C'est une bête politique incroyable qui n'est aujourd'hui qu'amour. C'est une star, c'est Johnny, il est immortel, c'est Highlander". Et il y a mieux : "Il n'y a que le Président actuel qui est à son niveau", dit un macroniste.

Sarkozy, c'est cet aimable et vénérable bête politique qui confondait karcher et gestion de zonards. Même avec un c, les zonards ont fini par trouver de nouveaux débouchés. Le tractopelle comme argument de progrès en lieu et place du karcher.

On remplace le mégaphone par la méga-pioche, faut pas s'étonner si Castaner finit par remplacer aussi le grenadier par l'artilleur un de ces quatre. C'est confus, à la hauteur de tout ce qui fut con avant ce qu'on voit de nos jours.

La confusion elle est là : c'est le truc où les gens se trompe entre bête politique et politique bête.

Élisabeth Borne montre en quelques mots l'étendue de la maîtrise de l'exécutif sur les affaires du pays : elle demande aux sociétés d'autoroutes de faire un geste commercial, en prévision de la hausse planifiée des tarifs de péage. Prévue à 1,9%, cette hausse fait frémir d'angoisse le Conseil des ministres qui ne voudrait pas voir franchie une fois de plus la ligne "jaune". De nos jours, ministre, c'est devenu un boulot de factotum entre les usagers et leurs revendications d'un côté, et les sociétés privées qui ont absorbé les biens communs d'antan pour en faire des jackpots pour actionnaires en goguette.

Mais il est facile de comprendre que si c'est bien les usagers qui payent les salaires des ministres, les factotums en question ne semblent être, eux, qu'au service des intérêts capitalistiques. On ne sait pas dire quand, ni vraiment pourquoi les dirigeants dans ce pays ont basculé dans un tel mercantilisme abruti et sans fondement aucun, qui reflèterait l'intérêt général, mais on se doute bien que ce sont les intérêts plus particuliers qui ruissellent bien quelque part.

Les gilets jaunes continuent de faire parler d'eux, même si semaine après semaine le truc n'a plus grand chose à voir avec l'idée de départ d'un mouvement citoyen libre et autonome. Le pouvoir en a fait son épouvantail à moineaux, et d'une certaine manière son laboratoire à dénaturer toute possibilité de faire de l'opposition politique sérieuse et énergique. Les gilets jaunes c'était avant. Depuis le mois de décembre ce ne sont plus les gilets jaunes qui s'expriment vraiment, mais juste quelques porte-voix devenus messagers politiques, bien récupérés par un minimum de leaders d'opinion en mal de reconnaissance médiatique.

L'autre fil rouge de l'actualité clochmerlesque étant toujours Benalla, qui semble toujours porter la culotte éminence grise à l'heure qu'il est. On nous informe que sa compagne était, est peut-être encore salariée du mouvement En Marche ... mais qu'elle n'était pas au courant pour le pistolet à eau, ni pour la destination du coffre-fort. Une sorte de Pénélope revisitée faut croire ... Pénélope ? Fuyons ! Enfin Fillon. Vous vous souvenez bien, c'était hier ou presque, c'était il y a un siècle, Pénélope travaillait et touchait des émoluments princiers et elle ne le savait pas. Ce que c'est quand on ignore des trucs ! A se demander si son amri ne lui faisait des trucs par derrière, mais ça ne nous regarde pas Jean-Pierre, non ça ne nous regarde pas.

Il s'en passe des choses en gauloiserie quand même.

Juppé, n'ayant pas payé ses cotisations chez les Républicains, en est écarté ! Plus macroniste que jamais, il doit également avoir envie de dire tout le mal qu'il pense de ce que sont devenus les enfants spirituels, enfin pas très spirituels, de Chirac.

Chez nous c'est compliqué la politique. Il y a des pays où c'est beaucoup plus simple. Bolsonaro, le nouveau président du Brésil, est bien plus efficace que notre Macron mou du genou. Il démarre son mandat bille en tête, et annonce que l'administration nationale ne comptera plus d'idée de gauche très rapidement. Et accessoirement, si on en trouve une au fond d'une tête un peu lente à la conversion, on pourra toujours couper la tête pour gagner du temps.


« Ça n’a aucun sens de conserver dans un gouvernement ayant un profil comme le nôtre des gens qui défendent une autre logique, un autre système politique, une autre organisation de la société », a affirmé le chef du gouvernement Onyx Lorenzoni à l’issue du premier conseil des ministres, à Brasilia. « Nous aurons le courage de faire ce qui a peut-être manqué au dernier gouvernement, commencer à nettoyer la maison dès le début », a-t-il insisté.

« C’est le seul moyen de gouverner de façon efficace et de faire ce que la société brésilienne a décidé par les urnes : mettre fin aux idées socialistes et communistes qui nous ont menés au chaos actuel, avec le chômage (…), l’insécurité des familles, les mauvaises prestations du système de santé et des écoles qui endoctrinent au lieu d’éduquer », a-t-il expliqué.


C'est marrant comme concept, on dirait que c'est quand même un peu inspiré de ce qui se passe en France non ? Si quelqu'un a accès à l'agenda d'Attali, par exemple, il faudrait vérifier qu'il a pas des réunions avec le Brésil ces temps-ci ? En tout cas il en a avec Macron, et on voit ce que ça donne. Les conseillers de Macron se tirent parce qu'ils ne sont pas écoutés, mais Macron écoute Sarkozy et Attali.

Et ça donne ce qu'on voit chez nous ... toujours le même bordel. Enfin pire qu'avant quand même. On en arrive à un niveau tel qu'on ne s'étonne plus de rien. Sauf Griveaux qui s'interroge au sujet des gilets jaunes, en se demandant si il ne s'agirait pas d'agitateurs qui voudraient renverser le gouvernement ? Mais non. Ce n'est pas ça la réalité. C'est le gouvernement qui est renversant.

On ne s'étonne plus de grand chose, mais tout de même, le grand merdier qui sévit à la tête du pays éclabousse un peu les étages inférieurs. On ne cesse de voir se produire des faits navrants d'imbécilité, comme si les esprits perdaient petit à petit tout sens moral, ou même simplement le minimum de raison qui fait que les humains peuvent vivre ensemble.

Le député, LREM, oui, bon, nul n'est parfait, Jean-François Mbaye a reçu une lettre anonyme façon Ku Klux Klan, à la française quand même, on va dire façon cucul clan. Menaces de mort en bonne et due forme, avec pour seul motif une négritude qui déplaît à certains illuminés. Ce qu'on appelle du racisme, le plus primaire, et le plus hideux et bête qui soit. La missive s'adresse collectivement aussi à Laetitia Avia et Hervé Berville. Tous trois ont pour seule particularité, aux yeux de l'auteur de la lettre, leurs origines et leur couleur de peau, ce qui semble représenter un problème pour l'obstrué du bulbe qui a écrit cette infamie.

C'est assez dégueulasse pour mériter d'être mentionné ici. Le sous-développé, à mettre au pluriel si besoin, qui a fait ça est un sous-humain, avec ou sans étiquette supposée. Mais ce genre de dérapage devient malheureusement un peu trop fréquent ces temps-ci, il y a de la relâche dans les valeurs humaines et celles de la République quand même. Que les gens soient pas contents avec la conduite des affaires est une chose, qu'ils ne se gènent pas pour faire obstruction à la connerie, c'est de bonne guerre. Mais que les yeux de ceux qui peuvent regarder le Monde tel qu'il est en profitent pour développer de la haine à ce point, c'est juste très moche.

Faire obstruction à la connerie c'est un beau combat. Parce que le but est tout de même d'aider chaque personne à être un meilleur humain parmi des humains meilleurs. Ce qui n'est pas gagné. Surtout qu'on aimerait bien au passage enfin se retrouver dans un esprit d'égalité, de fraternité, et en toute liberté.

Ce qui nous ramène à la politique où chaque ministre se voit, petit à petit, remis à sa place : aux cabinets. Là, c'est Blanquer qui prend son tour. Dans le sillage des gilets jaunes, ce sont les stylos rouges, rouges de mécontentement, qu'ils sont les enseignants. Ils n'avaient pas digéré les épisodes dans lesquels ils se sont sentis oubliés ou méprisés en décembre. L'épisode "Pas de vague" en particulier, et les faiblesses des réponses ministérielles. Ce sont des dizaines de milliers d'enseignants qui sont désormais rassemblés dans ce mouvement des stylos rouges, symbole choisi pour corriger la copie du ministre visé.

Il va falloir penser à faire ressurgir le collectif des doigts debouts, tendus pour montrer le cap souhaité par la majorité des gens. Ce sont-là des millions de sympathisants prêts à montrer avec l'éloquence choisie tout le bien qu'on pense de cette macronie.

A propos de doigts ... j'ai un petit hommage qui me titille, enfin deux en fait.

Le 4 janvier 1960, Albert Camus est décédé dans un accident de la route. Et c'est bien dommage, parce qu'il aurait sans doute eu beaucoup de belles choses à nous raconter. Et les livres bien écrits, ceux qui nous apprennent à connaître, à ressentir le monde, à comprendre le fond des choses vraies, c'est beau. Lire un bon livre, quelle aubaine. Lire Albert Camus, quelle leçon de choses.

Le 4 janvier 1809, c'est Louis Braille qui est né, et qui décèdera de maladie le 6 janvier 1852. Louis Braille a été l'inventeur de l'écriture tactile à points saillants, permettant aux non-voyants de lire des textes du bout des doigts. Il n'est pas à l'origine de l'idée première qui avait été proposée et qui représentait des sons plutôt que des lettres. Devenu accidentellement aveugle à l'âge de 3 ans, il suivra une instruction complète, passant par l'Institution royale des jeunes aveugles. Et c'est là qu'il proposera et mettra en œuvre son idée d'une écriture alphabétique.

Si les moyens techniques actuels peuvent rendre le braille moins incontournable, il n'en reste pas moins que c'est une invention considérable permettant de rendre accessible la lecture aux non ou malvoyants.Et Albert Camus qui écrivait avec un stylo entre ses doigts, ça me donne une pensée émue en sachant que des gens qui ne peuvent pas lire Albert Camus en version imprimée avec leurs yeux, peuvent le faire avec leurs doigts.

Il y a des doigts qui font honneur à l'humanité.


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20 Minutes (3/1/2019) : Violences conjugales: Défenestrée par son compagnon, paraplégique, elle n’est pas complètement indemnisée

PARAPLEGIQUE La Commission d’indemnisation des victimes estime que la jeune femme, victime de violences conjugales, est partiellement responsable car elle était restée chez elle ce soir-là...
Police (illustration) — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
Une femme de 31 ans habitant Le Mans est devenue paraplégique après avoir été défenestrée par son compagnon, condamné à 15 ans de prison. Pourtant, la Commission d’indemnisation des victimes refuse de l’indemniser complètement, la considérant comme partiellement responsable de sa situation.

L’affaire, révélée par Le Maine Libre, remonte au 24 août 2013. Ce soir-là, la police intervient au Mans dans l’appartement du couple, l’homme ayant agressé un ami commun. Les policiers conseillent alors à la jeune femme, âgée à l’époque de 25 ans, de ne pas rester dormir chez elle. Elle envisage de se rendre dans sa famille à Alençon, mais il est trop tard pour prendre le train. Elle appelle le 115 et envoie des textos à des amis, en vain. Elle reste alors chez elle.
90.000 euros d'indemnisation

Mais après le départ des policiers, il finit par s’en prendre à elle. Les voisins appellent la police à 3H30. Quand les forces de l’ordre arrivent, la jeune femme gît au pied de l’immeuble, le visage tuméfié. Son compagnon l’a jetée, inconsciente, par la fenêtre de l’appartement, au deuxième étage. Elle restera paraplégique. L’homme a été reconnu coupable et condamné à 15 ans de prison.

Dans son arrêt civil de juin 2016, la Cour d’assises fixe la provision pour l’indemnisation de la victime à 90.000 euros. La Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (Civi) est saisie afin que l’Etat verse cette provision pour financer les conséquences du handicap.

« Une faute civile de retourner à son domicile »

Vidéo accessible sur la page de l'article
Mais la Commission ne retient qu’une indemnisation partielle. « Il considère qu’il y a partage de responsabilité et que notre cliente a commis une faute civile en retournant à son domicile », commente une avocate.

Jugeant cette position « aberrante », les avocats saisissent la Civi qui siège auprès de chaque tribunal. Le 13 février 2018, cette dernière retient également le partage de responsabilités et propose de verser 67.500 euros. Les avocats ont fait appel. Une audience se tiendra fin mai 2019.



Déconcertant comme situation. Bien entendu une victime est toujours coupable de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment ... vu par un col blanc de mes deux, je suppose que personne ne devrait se plaindre de rien, et d'ailleurs les gens qui pensent que les victimes ont tort ne devraient même pas s'en plaindre eux-mêmes à ce train-là.

Au fond, ce qui motive un tel jugement, c'est de ne pas prendre en charge des indemnités que la plupart des gens trouvent normales, reste à déterminer qui paye, mais la Commission d'indemnisation suppose qu'elle peut se défendre d'indemniser en cherchant des poux dans la tête des victimes. Elle sert à quoi cette commission à part à ne pas faire ce pour quoi on l'attend ? A faire du droit ? Il y a un truc qui fonctionne pas, clairement. Et il faut des jours et des semaines à mobiliser des tas de personnes pour envoyer chier tout ce sale monde, leur dire de payer quelque chose de raisonnable et qu'ils se démerdent ensuite pour remplir leurs comptes sur le dos des agresseurs ?

Un bel exemple de ce à quoi mènent les gens qui font si bien leur travail que ça donnerait envie de les mettre à pique-niquer sur des ronds-points.

Le Monde (2/1/2019) : En Inde, des femmes forment une chaîne de 620 km pour obtenir l’accès à un temple


Vidéo accessible sur la page de l'article
Le 1er janvier, des milliers de femmes ont formé une chaîne humaine de 620 km au sud de l’Inde, dans l’état du Kerala. Une manifestation baptisée « mur des femmes », en faveur de l’ouverture du temple de Sabarimala à tous et toutes.

Depuis des siècles, les femmes de 10 à 50 ans en sont exclues. Pour les traditionalistes hindous, les règles des femmes sont une source d’impureté, qu’il faudrait bannir des temples. Le 28 octobre, la cour suprême indienne a jugé l’interdiction du temple de Sabarimala discriminatoire et l’a levée, mais aucune femme n’avait réussi à pénétrer dans l’édifice. Au lendemain de la formation du « mur des femmes », deux d’entre elles ont pu accéder au temple sous escorte policière, dans la plus grande discrétion

Comme je l'expliquai dans le journal précédent, l'Inde est un pays très peuplé. Et puis c'est loin de chez nous, au point que beaucoup d'entre nous ignorent qu'en fait les gens sont à très peu de détails près les mêmes qu'ici.

Les femmes en Inde se voient tout un tas de trucs plus ou moins limités, défendus, interdits, enfin on les prend pour des truffes. Sauf qu'elles représentent la moitié de la population, évidemment. Ben là elle se sont regroupées pour former une chaîne humaine et revendiquer un droit tout bête, qui leur a été accordé par un texte de loi, mais que les bolosses du coin veulent pas trop leur laisser : la visite des temples !

Je vous en remets une deuxième couche juste en dessous pour la peine.

Au féminin (2/1/2019) : Elles forment une chaîne humaine sur plus de 600 km et mettent fin à une incroyable discrimination

Leslie Muya
Pour changer une loi ancrée depuis trop longtemps, il faut poser des actes forts et ce n'est pas les Indiennes qui diront le contraire. Grâce à la mobilisation de dizaines de milliers d'entre elles, deux femmes viennent de marquer l’histoire en entrant, sous escorte policière, dans l’un des sanctuaires les plus sacrés de la religion hindoue. Une chose que les traditionalistes n’ont pas du tout apprécié.

L’une s’appelle Kanaka Durga, l’autre Bindu. Ces deux femmes, maitresse de conférence à l’école et employée, ont réalisé un exploit en pénétrant à l’intérieur du temple de Sabarimala situé dans l’Etat du Kerala (sud de l’Inde). Ce sanctuaire -connu de tous les Indiens hindous- divise le pays.

En effet, si les traditionalistes ne souhaitent qu’aucune personne de sexe féminin en âge de procréer y ait l’accès, d’autres en revanche -et en particulier les femmes- souhaitent que les hindoues puissent y rentrer comme elles le veulent. D’autant plus que, dorénavant, elles sont dans leur droit.

En effet, en septembre dernier, l’interdiction d’entrée aux femmes âgées de 10 à 50 ans qui était en vigueur a été levée. Mais ça, les traditionalistes ne l’acceptent pas. Dans la société indienne conservatrice et patriarcale, les femmes ayant leur règles sont perçues comme impures. Ainsi, plusieurs temples hindous leur sont refusés lorsqu’elles ont leurs menstruations. Le temple de Sabarimala se différenciait des autres par sa règle stricte : aucune femme entre la puberté et la ménopause ne pouvait y pénétrer.

Pour faire entendre ce nouveau droit, les Indiennes ont manifesté et ont créé un "mur de femmes" hier. Elles étaient des dizaines de milliers à se tenir sur près de 620 km. Un moyen de protester contre les discriminations dont elles sont victimes.

Une première pour les femmes
https://twitter.com/iamKavithaRao/status/1080349193397514240C’est dans ce contexte que les deux femmes âgées de 42 et 44 ans ont, d’après le New India Express, mis les pieds dans ce temple. Vêtues de noir de la tête aux pieds, elles ont été escortées par la police. "Il est exact que les femmes sont entrées dans le temple. La police doit offrir sa protection à toute personne qui désire prier dans le temple", a déclaré Pinarayi Vijayan, chef du gouvernement local du Kerala.

Sans surprise, leur victoire a été vue comme un affront pour les traditionalistes hindous. La fermeture du temple a été ordonnée… pour purification du lieu. De plus, des manifestations et altercations avec la police ont vu le jour pour dénoncer leur acte.
Ce geste fort est un moyen d’ouvrir la voie à d’autres femmes hindoues et de faire asseoir, petit à petit, une égalité femmes-hommes en Inde.

Bravo à elles !

franceinfo (3/1/2019) : États-Unis : "On peut s'attendre à une crise politique majeure en 2019"

"Si les démocrates accordent [au Président le budget pour
le mur mexicain], ce sera une victoire politique majeure
qui pourrait favoriser la réélection de Donald Trump en
2020",selon le chercheur Jean-Éric Branaa (à la Maison
Blanche,2 janvier 2019).  (NICHOLAS KAMM / AFP)
"Les démocrates possèdent désormais les moyens législatifs de combattre Donald Trump et ils ne vont pas s'en priver", affirme le chercheur Jean-Éric Branaa.

Le "shutdown", la fermeture partielle des administrations, dure depuis deux semaines aux États-Unis, faute d'accord sur le budget entre démocrates et républicains. En cette rentrée parlementaire, les démocrates prennent possession de la Chambre des représentants après les résultats des élections de mi-mandat en novembre dernier. Une situation qui devrait déboucher sur "une crise politique majeure en 2019" et qui pourrait provoquer "le déclenchement de l'impeachment", "procédure de pré-destitution", a estimé sur franceinfo Jean-Éric Branaa, maître de conférences à l'Université Paris II et chercheur à l'institut IRIS.

Donald Trump réclame cinq milliards de dollars pour construire le mur à la frontière mexicaine. Les démocrates proposent trois fois moins. Peut-on donc envisager la construction de ce mur ?

Ce sera difficile pour le président américain d'obtenir les financements pour ce mur parce que c'est devenu un symbole. Si les démocrates le lui accordent, ce sera une victoire politique majeure qui pourrait favoriser la réélection de Donald Trump en 2020. Voilà pourquoi il y a cette impasse. Donald Trump a bien compris que sa base souhaite qu'il soit ferme sur cette question. Et les démocrates ne sont pas prêts à lâcher le morceau non plus.

Peut-on s'attendre à d'autres bras de fer entre démocrates et républicains dans les prochains mois ?

Oui, il y en aura de nombreux. Rapidement la commission des moyens de la Chambre va réclamer et publier la feuille d'impôt de Donald Trump. Derrière il y aura de nombreuses commissions d'enquête sur toutes sortes de sujets, à commencer par les soupçons de collusion russe. Les démocrates possèdent désormais les moyens législatifs de combattre Donald Trump et ils ne vont pas s'en priver. On pense tout de suite à cette procédure de pré-destitution - l'impeachment - qui n'ira pas jusqu'à la destitution car Donald Trump garde le contrôle du Sénat. Mais en tout cas, on peut s'attendre, en cette année 2019, à ce que la crise politique devienne majeure et à ce que l'impeachment soit déclenché.

L'opposition démocrate joue-t-elle sa crédibilité en ce moment ?

Les démocrates sont divisés entre progressistes et modérés. Nancy Pelosi (qui devrait être élue jeudi à la présidence de la Chambre des représentants) doit à la fois satisfaire cette base progressiste, très anti-Trump, et en même temps elle doit montrer au pays que les démocrates ne sont pas dans l'obstruction systématique et qu'ils pourront proposer des lois. Ce sera une vaste affaire pour eux puisque les démocrates devront aller vers le compromis. Cela suppose de s'entendre avec la deuxième chambre [le Sénat], qui reste entre les mains des républicains.

Nancy Pelosi a bien été élue entre temps, et elle devient donc la voix de l'opposition à Trump, ce qui promet de belles prises de bec. Nancy Pelosi est considérée en Californie comme une personne très à gauche, et elle est très remontée contre l'Agent Orange.

Donc et désormais, Trump risque de rentrer à la maison moins pimpant quand il rencontrera la "speaker" du Congrès.

Le Parisien (3/1/2019) : «Il entend, mais il n’écoute personne» : le blues des conseillers de Macron

Nathalie Schuck

Sylvain Fort, ancien directeur de la communication du
président, a annoncé sa démission mercredi.
LP/Frédéric Dugit
Après vingt mois au pouvoir, le chef de l’Etat fait face à ses premiers départs au sein de son cabinet.

Dans les couloirs de l’Elysée flotte un douloureux vague à l’âme, un petit air de « tout ça pour ça ». C’est l’heure des premiers départs au sein du cabinet présidentiel, qui voit certaines figures de cet écosystème insolite faire leurs cartons. Entre l’affaire Benalla qui n’en finit pas, les sondages qui dévissent, les loupés de communication et le sentiment que le « maître des horloges » ne maîtrise plus son agenda, certains conseillers haut placés se demandent si les sacrifices consentis dans ce job réputé essorant en valaient bien la peine.

D’autres lui en veulent de ne pas davantage suivre leurs conseils. « Il entend, mais il n’écoute personne », constate un vieil ami. La fatigue, intense, n’arrange rien aux bleus à l’âme et au quasi burn-out généralisé. Certains conseillers sont aux côtés du président depuis Bercy, soit plus de quatre ans, presque un quinquennat. Comme ses prédécesseurs avant lui, voilà donc Emmanuel Macron arrivé à ce stade de son mandat où il lui faut renouveler son équipe rapprochée pour remplacer des soldats fatigués par des troupes fraîches.

Des piliers sur le départ

C’est un classique : deux ans après son élection, François Hollande avait déjà remplacé la moitié de son cabinet. Mais une gageure pour Macron, grand affectif, qui a noué une relation puissante avec la poignée de conseillers qui l’ont porté au pouvoir, surnommés « les Mormons ». Il y a peu, l’un d’eux, le conseiller politique, Stéphane Séjourné, a annoncé son départ très prochain pour diriger la campagne des européennes. Mercredi, c’est le directeur de la communication, Sylvain Fort, qui a fait état de sa démission d’ici la fin du mois, comme l’a dévoilé notre journal. Qui les remplacera ?

Selon nos informations, le communicant et stratège Philippe Grangeon, déjà omniprésent dans la coulisse, pourrait chapeauter un grand pôle communication, stratégie et politique avec le titre de conseiller spécial d’ici la fin janvier. Les rumeurs vont bon train aussi sur les départs possibles de deux autres piliers : le stratège Ismaël Emelien et le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler. Mais, comme l’avoue un conseiller, « on n’en sait rien ». Mercredi, les membres du cabinet n’ont été informés du départ de Fort que quelques instants avant nos révélations.

Une ambiance délétère

Voilà qui en dit long : au fil des mois et de la descente aux enfers, l’ambiance au Château est devenue délétère. Au sein même du cabinet, certains conseillers ne s’adressent plus la parole. « On ne peut pas vraiment parler d’équipe », soupire un proche du président. « Il y a tellement de rivalités… », peste un macroniste. On se jalouse. On se méfie. Et l’on s’agace que le président traite en direct avec ses influents « textoteurs du soir », souvent présentés comme ceux qui lui parlent franchement : les François Bayrou, Richard Ferrand, Alain Minc, Jacques Attali ou Jean-Marc Borello, patron du groupe social SOS. Si bien que le constat est rude au sein du cabinet, après vingt mois au pouvoir : « Il faut que chacun fasse son autocritique pour comprendre comment on l’a mené jusque-là. Quand on arrive au bord du gouffre, c’est que ça ne va pas », confesse l’un.

Pour reprendre la main, les vieux élus de la macronie pressent le président de profiter du turn-over pour s’entourer de « politiques aguerris » et de ne pas commettre l’erreur de recruter des hauts fonctionnaires au profil de technocrates. Au petit jeu du name dropping (NDLR : lâcher de noms), certains citent le chiraquien Jean-Paul Delevoye ou Nicolas Revel, ancien secrétaire général adjoint de Hollande et proche de Macron. Avec 16 femmes seulement sur 52 conseillers, le président aura peut-être à cœur, enfin, de muscler les effectifs féminins.

Ont-ils tenté la langue des signes ? En tout cas il y a des gens qui partent, poussés vers la sortie ou pressés de se tirer avant la bagarre. Et généralement, une fois la pompe à turn-over amorcée, le phénomène s'accélère. Les gens sont mis sous une pression croissante et disjoncte de plus en plus tôt. Il est rare que ce soit les conseillers qui soient la cause réelle de cette pression ... enfin je dis ça, je dis rien.

Et alors : des politiques aguerris, ça va changer l'affaire ? Ca rendra Benalla moins problématique ? Ca remboursera l'argent de l'ISF ou du CICE ? Est-ce qu'au moins ça permettra de mieux s'occuper des EHPAD, des hôpitaux, des écoles, des fonctionnaires, des salariés du privé ... ? Non ? Ben allez vous faire écouter ailleurs.

franceinfo (3/1/2019) : Sondage : 75% des Français sont mécontents de l’action du gouvernement, sa cote de popularité en baisse

Edouard Philippe à l'Assemblée nationale le
13 février 2018.  (GERARD JULIEN / AFP)
Les trois quarts des Français se disent mécontents du gouvernement, dont la cote de popularité est en baisse selon un sondage Odoxa Dentsu Consulting pour franceinfo et "Le Figaro".

Les trois quarts (75%) des Français sont mécontents de l’action du gouvernement, selon le sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour franceinfo et Le Figaro publié jeudi 3 janvier. Le jugement des personnes interrogées s'est dégradé depuis le mois d'avril 2018 où six Français sur dix (59%) portaient alors un regard négatif sur l'exécutif. 

Le désaveu est massif à gauche comme à l'extrême droite. Neuf sympathisants socialiste sur dix (90%) désapprouvent le gouvernement, tout comme les proches de La France insoumise (89%). Le rejet est encore plus fort (96%) chez les Français se disant proches du Rassemblement national. Et les trois-quarts (77%) des personnes interrogées ayant une proximité avec Les Républicains se disent également mécontents. Sans surprise, la proportion s'inverse totalement du côté des sympathisants de La République en marche. 86% des Marcheurs se disent satisfaits de l'action du gouvernement. 

Selon le sondage, le gouvernement mécontente non seulement les Français les moins aisés (87%) et les ouvriers (82%), mais aussi les cadres (54%) et les CSP+ (67%), ainsi que la France rurale et périurbaine (77 à 79%), et les citadins (70% à 74%). 

Les ministres de moins en moins appréciés

Le sondage a testé l'image des principaux ministres. Et là encore, le jugement des Français se dégrade. En moyenne les membres du gouvernement enregistrent seulement 21% de bonnes opinions contre le double de mauvaises. Et il y a pratiquement autant de Français qui ne savent pas qui sont les ministres. 

Le plus populaire est Jean-Yves Le Drian. Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères recueille 34% de bonnes opinions contre 30% de mauvaises. C'est le seul ministre ayant un solde de sympathie positif. Derrière lui, seuls Jean-Michel Blanquer, Marlène Schiappa et Agnès Buzyn limitent les dégâts. Le ministre de l'Education nationale totalise 26% d'opinions favorables, contre 33% de mauvaises, la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes le suit avec 22% de positif contre 37%, juste devant la ministre des Solidarités et de la Santé (21% contre 35%). 

Faible popularité pour le Premier ministre

Les ministres les plus mal notés sont Édouard Philippe (54% de mauvaises opinions) et Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur (53%). Le Premier ministre recule ainsi de six points par rapport à la précédente mesure effectuée en avril dernier à l’occasion du bilan du premier anniversaire du gouvernement. Pour certains membres du gouvernement, les niveaux de popularité sont d’une étonnante faiblesse :  12% de bonnes opinions seulement pour François de Rugy et 13% à 16% pour Nicole Belloubet, Benjamin Griveaux, Muriel Penicaud et Gérald Darmanin. 

Cette enquête Odoxa-Dentsu Consulting pour franceinfo et Le Figaro a été réalisée par internet les 2 et 3 janvier 2019, sur un échantillon de 1 004 Français représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Ca fait un bail qu'il est dans la tranche des 20 à 30% seulement. Je comprends pas un truc en fait. Ça baisse tout le temps, mais on a l'impression que c'est toujours le même score. Non ? En réalité les sondages sont faits par les mêmes personnes qui comptent les manifestants dans les cortèges ?

Donc le gouvernement est à 25% de satisfaits selon la police et à 2,5% selon les organisateurs ?

Reporterre (2/1/2019) : La civilisation a atteint son seuil de contre-productivité

Arthur Keller
L’incapacité des « responsables » à faire face au changement climatique révèle l’impasse du monde actuel. Car c’est le paradigme qui le domine qu’il faut changer, et sans attendre que la « solution » vienne d’en haut.

Arthur Keller est auteur, conférencier et consultant spécialiste des vulnérabilités des sociétés industrielles et des stratégies de résilience.

Trois ans et environ 110 milliards de tonnes de CO2 après l’historique COP21, le monde a assisté à un meurtre en direct et le monde a laissé faire : la COP24 fut le lieu d’un assassinat prémédité des pays les moins développés et des États insulaires par les États-Unis, la Russie, l’Arabie saoudite, le Koweït, le Brésil et quelques autres nations pétrolières. Spectateurs indolents du carnage : une Pologne flasque, une Europe divisée qui s’enferme dans des tournoiements pathétiques autour d’on ne sait quel pot et un Macron champion de l’absence plus que de la Terre. En somme : d’un côté des peuples désemparés faisant face à une disparition à moyen terme si le réchauffement planétaire dépasse les 1,5 °C par rapport à l’ère pré-industrielle ; de l’autre quelques oligarchies financières donnant dans l’antijeu pour attiédir les efforts collectifs de lutte contre le dérèglement ; et témoins de la scène, l’esprit manifestement ailleurs, des pays affichant une apathie moralement insoutenable.

Certes des règles multilatérales d’application de l’accord de Paris ont été entérinées, par contre on était en droit d’espérer des mesures à court terme et de ce côté, c’est la loi du vide qui s’est imposée. Une lacune totale de perception du sens de l’Histoire chez les dirigeants, une volonté d’éviter un effondrement écologique global qui a la consistance d’une crème caramel. Résultat final : un ensemble insuffisamment contraignant de règles encadrant la mise en place de mesures insuffisamment efficaces censées permettre le respect d’engagements insuffisamment ambitieux... à partir de 2024.

En s’achevant, la conférence de Katowice achève surtout les illusions de celles et ceux qui ont compris ce qui se joue. Les « responsables » ont de la fuite dans les idées – une fuite de gaz à effet de serre. Preuve est faite si cela était nécessaire de leur intolérable lacune de vision et de courage d’une part, d’autre part des verrouillages organisationnels, politiques, institutionnels et financiers qui ferment tous les horizons. Ça ressemblerait à un crime contre l’humanité s’il n’y avait que l’humanité dans la balance.

Face à ce constat d’un échec annoncé aux conséquences génocidoïdes, il est d’intérêt général de recaler certaines idées préconçues pour relativiser l’espace des « problèmes » comme celui des « solutions » et investir enfin collectivement, avec lucidité et résolution, celui des possibles.

« Aucune sortie par le haut ne viendra d’en haut »
Allons droit au but : aucune sortie par le haut ne viendra d’en haut. Pour l’instant ça se joue au niveau territorial : seuls les citoyens, les élus locaux, les patrons de PME, les réseaux citoyens et associatifs, les artistes et communicants, les investisseurs aussi, ont le pouvoir de faire évoluer les choses à l’échelle locale sans attendre vainement que ça vienne du politique, en posant au jour le jour les bases de nouveaux systèmes résilients, adaptatifs, désirables, sobres en ressources et en énergie, et dignes : un foisonnement d’autres manières de vivre ancrées dans les territoires. Au niveau politique et diplomatique, c’est verrouillé. Ne pas oublier que les COP se jouent dans une arène dont les règles sont fixées par la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, texte où l’on peut lire (article 3, alinéa 5) l’impératif de croissance et la primauté du commerce international. En somme : pour résoudre la « crise climatique », il faut investir massivement dans des innovations et cela requiert de la croissance, ma bonne dame.

Ce paradigme de pensée est démontré faux par l’expérience du monde réel. Il a beau dominer les politiques publiques et la pensée politique, il est invraisemblablement farfelu. Primo, il part du principe, inepte, qu’une croissance infinie dans un monde fini est un but atteignable ; secundo, il consiste à miser l’avenir du monde sur une notion que l’expérience, jusqu’ici, à toujours invalidée : celle du « découplage » (l’idée selon laquelle la quantité de biens et services produits peut croître et l’empreinte écologique diminuer). Tout cela participe d’une mystique délirante qui choisit d’ignorer le réel : en effet, il est facile de constater qu’en dépit des efforts consentis pour une transition énergétique au niveau international, les émissions climato-détraquantes ne cessent d’augmenter. Les grandes conférences onusiennes resteront une fausse piste tant qu’elles consisteront à tenter de résoudre un problème sans gêner le système qui le génère (ce dernier objectif étant le seul à être respecté, notons-le au passage).

On cherche en rond des « solutions » (politiques, réglementaires, normatives, économiques, technologiques...) au « problème » du dérèglement climatique alors que le dérèglement climatique, en réalité, n’est pas un problème. C’est un symptôme. La conséquence d’une malfaçon largement plus fondamentale à laquelle les élites et les médias ne s’intéressent pas.

La cause primaire réside dans la manière dont notre civilisation elle-même est conçue. On peut la modéliser sous la forme d’un flux : en amont des ressources qu’on extrait ou exploite ; au milieu les sociétés, où les gens vivent et consomment en utilisant de l’énergie ainsi que des ressources ayant été transformées grâce à de l’énergie ; en aval des pollutions solides, liquides et gazeuses (dont les gaz à effet de serre). Ce flux est linéaire et n’en déplaise à ses promoteurs, « l’économie circulaire » ne permet de circulariser que quelques processus bien spécifiques de certaines filières d’activité – jamais la civilisation tout entière ne sera cyclique.

Remplacer les sources d’énergie émissives par d’autres moins émissives est impératif, tout comme supprimer les mésusages et les pertes notamment thermiques, réinterroger nos besoins et revoir nos consommations énergétiques et matérielles à la baisse. Il est vital d’organiser tout ça. Mais il faut aussi comprendre que cela ne rendra pas viable la civilisation, cette grande machinerie d’exploitation de la nature qui a atteint son seuil de contre-productivité. De l’énergie, même décarbonée, au service de cette civilisation, c’est une perpétuation du flux qui mue les ressources en pollutions et rend la Terre inhospitalière pour une toujours plus grande proportion du vivant.

La transition énergétique ne peut être qu’une des composantes d’une palette de stratégies nettement plus large, systémique, qui s’attaque aux causes primaires plutôt qu’à leurs conséquences. Sinon, le chemin sera différent mais la destination restera la même : un déclin généralisé, et probablement une série d’effondrements sociétaux plus ou moins abrupts.

L’horloge sonne l’heure de la réinvention. À nous de déployer nos plus belles créativités, de proposer des imaginaires inspirants pour que chacun réalise que loin d’être en compétition, lutte sociale et lutte écologique se renforcent.

Nulle société possible dans un monde en effondrement écologique ; nulle stabilité durable possible dans un monde où l’homme se comporte en maître et possesseur, sans limite, de tout ce qui vit à ses côtés ; nul bien-être ou bonheur possible dans un univers de dissonances cognitives. Travaillons ensemble pour poser les bases d’une société respectueuse de l’altérité sachant s’autolimiter de façon lucide et humble, solidaire et digne.

Un sursaut.

J'aime bien cet article. D'abord parce qu'il fait un constat honnête, et terrible, de l'inertie complète des politiques face à l'urgence écologique. Ensuite parce qu'il explique que la solution politique est un leurre.

Si on veut vraiment faire bouger les choses rapidement, ce ne sont pas les gouvernements que nous devons solliciter, ce ne sont même pas les politiques en capacité de prendre le pouvoir, mais c'est bien depuis la base, les gens, le maximum de gens, qu'il faut tordre, ou faire casser le bras néfaste des vrais pollueurs.

Et surtout, il y a une étroite relation entre lutte sociale et lutte environnementale. Parce que le libéralisme outrancier n'en a rien à foutre de l'environnement. L'écologie ne sert pas la cause des libéraux, ils se servent de tout ce qui peut être monnayable pour fabriquer leur propre richesse. Et cela s'oppose frontalement à l'épanouissement de l'humanité qui a besoin de préserver l'écosystème pour y conserver sa place.

The conversation (3/1/2019) : Non, la sérotonine ne fait pas le bonheur (mais elle fait bien plus !)

La sérotonine contribue à la régulation des émotions,
ce qui lui vaut d'être parfois qualifiée un peu rapidement
par certains d’« hormone du bonheur »,
Kinga Cichewicz/Unsplash
« Docteur, je dois manquer de sérotonine ! »

J’ai entendu cette phrase des dizaines de fois au cours de mes consultations de psychiatre, et la sortie du dernier livre de Michel Houellebecq, intitulé « Sérotonine » risque fort d’amplifier le phénomène. Le narrateur y dompte en effet son mal de vivre à grands coups de « Captorix », un antidépresseur imaginaire qui stimule la sécrétion de… sérotonine, évidemment.

Suffirait-il donc d’ingérer la bonne dose de ce neurotransmetteur, parfois aussi appelé « hormone du bonheur », pour être heureux et reléguer mal-être ou dépression au rayon des mauvais souvenirs ? Les choses ne sont pas si simples.
Les limites des analogies

Les limites des analogies

Je ne sais jamais très bien quoi répondre à ces patients qui se disent en manque de sérotonine. Une partie de notre travail de psychiatre consiste à expliquer comment fonctionnent les médicaments que nous prescrivons, afin que les patients puissent se les approprier, et surtout accepter de les prendre quand nous le pensons utile. Ce n’est jamais aisé, car les psychotropes font toujours un peu peur. Les idées reçues sont tellement nombreuses dans ce domaine qu’il est indispensable de dédramatiser voire de déculpabiliser (« si je prends un antidépresseur, c’est que je suis fou »).

Alors, nous multiplions les arguments scientifiques, à grand renfort de jolis dessins de cerveau et de synapses multicolores, très simplifiées évidemment.

Et souvent, nous finissons par sortir l’argument-massue : l’analogie avec d’autres maladies mieux connues, aux traitements mieux acceptés. « Quand on est diabétique, on prend de l’insuline puisqu’on en manque, et tout le monde trouve ça normal ». Sous-entendu : si vous êtes déprimé ou anxieux, c’est que vous manquez de sérotonine, donc il suffit d’en prendre un peu pour aller mieux.

La dépression serait juste liée à un problème de quantité de cette hormone du bien-être, rien à voir donc avec une quelconque fragilité psychologique, passez au garage pour remettre à niveau et circulez ! C’est un professeur de médecine qui vous le dit. « Finalement, ce qui compte, c’est que le patient le prenne, ce fichu antidépresseur. Quand il sera guéri de sa dépression, il sera content et peu importe que mes arguments soient simplistes voire abusifs ! ».

À cet instant, mon surmoi de psychiatre biberonné à la transparence et à la vérité-due-au-patient (formalisée par la fameuse loi Kouchner, le serment d’Hippocrate, les comités d’éthique, etc.) sort le carton jaune anti- #FakeMed. Et menace d’expulser du terrain le bon petit soldat de l’éducation thérapeutique qui a appris qu’il fallait simplifier l’information pour qu’elle soit compréhensible, quitte à flirter avec la ligne rouge de la pseudoscience.

En éthique médicale, on appelle ce déchirement intérieur un « conflit de valeur », lequel peut vite déboucher sur un conflit névrotique quand on a quelques prédispositions à la culpabilité hippocratique. Car, s’il fallait être vraiment honnête (et, rassurez-vous, je le suis le plus souvent…), nous dirions avant tout à nos patients que le mécanisme d’action de nos médicaments reste aujourd’hui très mystérieux, que les causes réelles de la dépression sont encore largement inconnues, en tout cas très multiples et complexes, et que la sérotonine n’est sûrement pas l’hormone du bonheur.

Mais quand on sait qu’au moins la moitié de l’effet d’un traitement vient du pouvoir de conviction du médecin qui vous le prescrit, ce qui concoure grandement à l’effet placebo, ce type de déclaration d’ignorance risque de ne pas être très productif…

Et la sérotonine dans tout ça ?

En l’état actuel de la science, voici ce que l’on peut affirmer avec certitude sur la sérotonine :

1. Il est impossible de doser la sérotonine pour en déduire un risque de dépression ou refléter un état psychologique.
Les officines qui le prétendent, et facturent très cher des dosages complètement inutiles, se livrent à de réelles pratiques frauduleuses. La grande majorité de cette substance se trouve dans le tube digestif et le sang, sans aucune influence sur les neurones. Si on voulait vraiment connaître le « niveau » de votre sérotonine cérébrale, il faudrait en doser certains dérivés dans le liquide céphalo-rachidien, c’est-à-dire vous faire une ponction lombaire… Par ailleurs, ce taux ne renseigne quasiment en rien sur l’activité réelle de la sérotonine dans vos neurones, ce qui nous amène au point suivant.

2. L’action de la sérotonine ne dépend pas uniquement de sa quantité brute dans le cerveau.
La sérotonine peut produire des effets quasiment inverses selon la zone cérébrale où elle se trouve, car elle module l’activité de multiples systèmes et pour cela se fixe sur des récepteurs très nombreux (il en existe au moins 13 identifiés à ce jour) et très différents dans leurs réactivités et leurs rôles). Surtout, la sérotonine est produite en permanence par des neurones spécialisés. C’est plus sa vitesse de production et de recyclage qui compte que sa quantité totale à un temps T.

3. Les effets de la sérotonine dépendent de nombreux paramètres.
À ce premier niveau de complexité se superpose un second, car les effets de la sérotonine dépendent aussi de l’état d’une multitude d’autres systèmes, et notamment de l’état des autres neurotransmetteurs, en particulier la dopamine, qu’elle vient en général freiner. Un taux de sérotonine à un moment donné ne veut rien dire si on ne connaît pas cet état général, lequel se modifie en permanence, générant une complexité d’interactions infinies.

4. La sérotonine ne régule pas uniquement les émotions.
L’effet de la sérotonine sur les émotions est indiscutable. Il s’explique par la présence de ses récepteurs dans des structures clés comme le système limbique (le cerveau émotionnel) et les amygdales en particulier, des structures cérébrales très impliquées dans les réactions de peur et d’anxiété notamment. La sérotonine a aussi de très nombreux autres effets : sur la régulation de la température, du sommeil, de la sexualité, de l’alimentation, etc. Agir sur cette molécule peut donc modifier un grand nombre de fonctions de l’organisme, pour le meilleur (dans la dépression, plusieurs de ces systèmes sont effectivement altérés) mais aussi pour le pire (effets secondaires).

5. La sérotonine intervient dans la dépression et de nombreux autres troubles psychiques.
Bien que souvent indirects (car provenant de travaux menés chez l’animal ou d’études très partielles chez l’être humain), de nombreux indices confirment aujourd’hui l’implication des systèmes sérotoninergiques dans les dépressions ainsi que dans beaucoup d’autres troubles psychiques, comme les troubles anxieux ou certains troubles de la personnalité. Plusieurs gènes contrôlant le recyclage de la sérotonine semblent conférer une vulnérabilité à différents troubles émotionnels ou comportementaux. Cet impact est toutefois faible et difficile à interpréter. Mais, surtout, les effets thérapeutiques des antidépresseurs favorisant l’action de la sérotonine, connus depuis plus de 50 ans, plaident fortement en faveur de l’implication de cette molécule dans les mécanismes de la dépression et de l’anxiété.

Il faut toutefois se souvenir que les systèmes neurobiologiques mis en cause sont complexes : les effets de la sérotonine entrent forcément en interaction avec les multiples autres facteurs en cause dans la souffrance psychique (personnalité, événements de vie, stress quotidien, représentation de soi et du monde, etc.).

Au-delà de ces faits avérés, des hypothèses, crédibles mais encore théoriques à ce jour, peuvent expliquer les effets des antidépresseurs.

Restaurer les capacités d’auto-réparation

L’un des rôles principaux de la sérotonine est de stabiliser et de protéger l’organisme contre le désordre intérieur et les comportements à risque. De manière imagée, elle favorise le calme et la stabilité, pour contrebalancer les effets d’autres systèmes qui visent à se défendre contre les dangers extérieurs (réactions de peur et pulsions impulsives ou agressives) et à se motiver pour agir pour notre survie (système de la dopamine qui favorise l’action coûte que coûte…).

La sérotonine atténue les émotions défensives les plus douloureuses que sont notamment la peur et la tristesse. Sans toutefois les faire disparaître complètement, ces réglages étant toujours subtils et autorégulés en permanence.

En phase dépressive ou en cas d’anxiété pathologique comme dans le trouble panique ou les TOC (troubles obsessionnels compulsifs), l’organisme est en mode d’hypersensibilité émotionnelle et de détection des problèmes, de manière exagérée et surtout constante car échappant aux régulations normales. Ceci peut entraîner une cascade de réactions inappropriées, comme le repli sur soi, des pensées négatives, le dérèglement des systèmes du sommeil ou de l’appétit, etc.

La plupart des antidépresseurs renforcent les effets de la sérotonine, en stabilisant sa production, et surtout en limitant sa destruction (il serait inutile d’administrer directement de la sérotonine, qui n’accéderait pas au cerveau). En renforçant les effets naturels de ce neurotransmetteur apaisant, on rétablit probablement la balance des émotions et des modes de pensée vers une polarité moins négative, ce qui réduit la douleur morale et ses effets secondaires. L’organisme et l’esprit retrouvent ainsi sans doute plus de sérénité et de clairvoyance, restaurant les capacités d’auto-réparation qui existent chez les êtres humains.

Ce renforcement n’est pas immédiat : il prend au moins quinze jours, car de nombreuses réactions et contre-réactions d’adaptation des récepteurs se mettent en place au début du traitement. Cela peut expliquer que les antidépresseurs n’améliorent pas immédiatement les symptômes, et que certains effets secondaires présents dans les premiers jours d’un traitement disparaissent ensuite.

La sérotonine, une ressource pour retrouver l’équilibre intérieur

Qu’on les nomme résilience, coping (adaptation) ou force de caractère, nous avons tous des capacités de gestion de l’adversité. Nous les mettons en œuvre le plus souvent sans même nous en apercevoir. Pour traiter une dépression, il faut activer ces aptitudes. Cela peut se faire grâce à une aide psychologique ou à une psychothérapie, toujours essentielle pour donner du sens aux épisodes traversés et faciliter la cicatrisation et la prévention, mais aussi par la prise d’un antidépresseur qui va agir sur la sérotonine.

Ce traitement est indispensable quand le désespoir est à son comble, pouvant conduire à des idées ou à des actes suicidaires, et quand la dépression empêche tout simplement de penser, en raison de la fatigue physique et morale, rendant de ce fait illusoire tout travail de psychothérapie. Mais il est également très utile pour réduire la douleur morale propre à toute dépression sévère.

Il ne consiste toutefois pas à « rendre heureux » par un dopage artificiel, mais seulement à réduire le déséquilibre émotionnel anormal lié à la pathologie. Un antidépresseur bien prescrit ne rend pas euphorique, et n’a aucun intérêt chez une personne non déprimée. Il rétablit juste un équilibre naturel, et redonne ainsi au patient plus de liberté de penser et d’agir sereinement selon sa propre volonté.

La sérotonine est l’une des ressources mobilisables pour retrouver cet équilibre intérieur. Ce n’est pas l’hormone du bonheur, et c’est très bien comme cela !

Un très bon article. On vous explique assez bien comment fonctionnent vraiment ces choses dont on nous ferait trop facilement croire que la science est partie intégrante de la médecine, surtout d'une certaine médecine. Et en fait ... non ! Ce n'est pas de la vraie science qu'il y a derrière pas mal de choses, mais des approches empiriques, dans lesquelles de vrais, et bons médecins sont nécessaires pour observer, comprendre, et aider au mieux être leurs patients.

Sérotonine, est un mot à la mode ... mais ça vaut peut-être le coup de bien savoir de quoi on parle avant d'ouvrir des livres. ;)

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L'actualité sous le filtre de ma (presque) mauvaise foi. 17 avril 2019

  En bandeau, la Stryge de Notre-Dame de Paris qui contemple la ville. - C'est sûr que c'est triste de voir Notre-Dame part...