22 mars 2019

L'actualité sous le filtre de ma (presque) mauvaise foi. 22 mars 2019

"Les tasses, et moi". Photo-montage complètement nul, mais bon, ça fait rien, ça coûte pas cher, enfin, il faut le dire vite.
 L'Etat émoi !
 
Edouard fait la gueule. Il y a des gens qui sont en train de casser son jouet. Si ça continue ils vont exécuter l'exécutif, ce serait hâtif, et le Edouard à tif, c'était avant.

J'ai rien contre les dégarnis, ça me gagne depuis quelques années, crâne d’œuf ça vaut aussi pour moi.

Donc la commission d'enquête a donné ses conclusions au bureau du Sénat, qui a longuement pesé le pour et le contre avant de donner son avis et sa position.


Et si il y a un truc que les sénateurs avaient envie de ne pas massacrer dans leur boulot de ces temps-ci, c'est bien les conclusions ou les suites à donner au travail de la "commission Benalla".

D'abord et avant tout parce que le Sénat est une des deux chambres du Parlement français, et c'est quand même pas rien. Et puis au-delà du volet purement institutionnel, pour lequel le Sénat est doté d'une mission de contrôle du travail de l'exécutif, il y a le volet politique, le Sénat n'étant pas le jouet de l'exécutif il ne faut pas le prendre pour de la gnognotte sinon il peut aussi sortir les gros bras.

Le Sénat c'est un de ces vestiges du passé, si on écoute Macron, un truc qui l'emmerde dans le fond, parce que si il a l'impression d'avoir privatisé l'Assemblée Nationale en y foutant un jardinier pour surveiller la pelouse, l'autre moitié du Parlement, le Sénat reste une terre encore indépendante des injonctions présidentielles.

Dans les rêves de Macron, un truc qui serait génial ce serait de réduire le Sénat à pas grand chose. Diminuer le nombre de sénateurs ce serait pas mal. Y a t-il une raison qui ferait que ce serait bien pour un Macron, de diminuer le nombre des sénateurs ? Hein ?

Le truc peut-être, dans sa tête pensante, c'est que le Parlement, constitué par l'ensemble des sénateurs et des députés, peut s'exprimer sur certains sujets de grande importance en votant à la majorité des deux tiers des voix.

Or dans l'état actuel des choses, la majorité présidentielle à l'Assemblée ne trouve pas son pendant au Sénat, et si Macron avait besoin de faire voter des trucs par le Parlement à la majorité des deux tiers, il l'aurait gros-jean comme devant. Donc ça le titille de résoudre l'équation, en négociant avec le Sénat la diminution de son effectif, avec l'espoir de réussir une mayonnaise à la sortie qui lui permettrait d'avoir deux tiers de macronistes lobotomisés au Parlement.

Mais pour négocier avec le Sénat, il y a deux méthodes possibles, soit de s'entendre avec les sénateurs de premier plan, en particulier avec le patron des sénateurs, Larcher, qui est quand même le second personnage dans l'ordre protocolaire de l’État et qui est le président par intérim en cas de congés de maladie du titulaire, ou de sortir la sulfateuse et de défourailler sur les sénateurs jusqu'à obtenir le nombre exact de gogos nécessaires pour avoir un Parlement à sa botte.

Autant dire que la seconde option ça fonctionne dans le Cinquième Élément, mais pas à l’Élysée. Macron avait bien prévu un négociateur de talent qui était à l'entraînement place de la Contrescarpe il y a quelques bons mois, mais il y a eu un bins avec l'employé, une fin de contrat précipitée, on ne sait pas si l'éconduit ne va pas finir par aller aux prudhommes, enfin c'est délicat tout ça.

Donc Macron devait travailler Larcher au corps depuis un bon moment, dans le tumulte de la vie quotidienne, il l'a caressé dans le sens du poil sur des petites choses très personnelles, comme la chasse, ou des bricoles du genre, enfin bref ... Larcher était pas contre envisager une sorte d’auto-réforme du Sénat à condition que la vie puisse continuer à être confortable dans un monde protégé par les soins du petit.

Sauf que ... cette histoire Benalla a pris des proportions tellement poilesques que les gens se sont mis à jouer à "je te tiens, tu me tiens par la barbichette", les baffes ont commencé à partir en rafale, les chambres, Assemblée et Sénat, ont dû se plier au jeu des commissions d'enquêtes etc ... et ... et bon. Si l'Assemblée Nationale est devenue une sorte de bouge privé pour une majorité présidentielle qui turlutte à volonté, la commission d'enquête a finalement déclaré qu'il n'y a pas d'affaire Benalla, circulez, y a rien à voir, le Sénat, lui, a opté pour un travail sur le fond, plus serein, plus solide, en constatant que de fil en aiguille il y avait matière à envisager de travailler différemment le sujet de la sécurité de l’Élysée, vu que la sécurité présidentielle avait pu être mise en défaut dans tout ce merdier.

Loin de l'idée des sénateurs de critiquer le président, ou de s'exprimer sur son action à lui, mais ils ont pu interroger non seulement Benalla, Crase, mais aussi quelques chefs à plumes qui travaillent autour du président.

Et ce qu'ils ont fait n'a pas grand chose à voir avec la grande, la vieille ou la nouvelle politique, ils ont juste demandé aux uns et aux autres ce qui leur semblait pertinent de connaître pour comprendre si la sécurité du chef de l’État fonctionnait bien, comment, avec qui, enfin toussa quoi.

Les témoins qui se sont exprimés devant leur commission ont dit ce qu'ils avaient à dire, librement, sans contrainte, sous le serment ... de dire la vérité, etc, pantoufle.

C'est là que ça devient intéressant au possible. Parce qu'après avoir tout noté ce que les témoins ont dit, les sénateurs ont lu, relu, vérifié les propos tenus, et ils ont constaté avec horreur que les témoins avaient menti ! Les crapules. Mais nonméssavapalatèt ? Tu mens à ta mère tant que tu veux, mais pas sous serment à une commission d'enquête. Même le premier dealer de carambars pendant la récré au pied de l'arbre et sous le regard de la maîtresse bienveillante qui plisse ses yeux en souriant à la vue de ces petits commerces très précoces, te dira que tu dois pas mentir à une commission d'enquête parlementaire, ça ferait désordre dans les livres d'Histoire une fois que la dictature Blanquer aura tourné casaque.

Enfin bref, les sénateurs enquêteurs ont constaté qu'il y avait eu mensonge, et que c'était pas bien. Tout leur travail ayant été fait publiquement sans rien cacher, ils ont rédigé leurs conclusions et on refilé la patate chaude au bureau du Sénat pour information, avis et décision, tagada, tagada voilà les Dalton.

Le bureau du Sénat, devant une situation d'une simplicité extrême, a donc exprimé son avis et décidé de transmettre tout ça aux bons soins du Parquet, ce qui devrait normalement déboucher sur l'ouverture d'une information judiciaire dont on peut supposer, si elle a bien lieu et qu'elle va à son terme, qu'elle condamnera les menteurs à des peines plus significatives qu'une amende à cent trente cinq euros pour manifestation non déclarée sur la voie publique ou patinage en trottinette sur les surfaces piétonnes de Paris.

En gros, les plus proches et éminentes collaborateurs de Macron risquent une affaire en Justice, assez grave pour impliquer un coup de tampon sur leur casier judiciaire, et ça obligerait Macron à faire un choix cornélien. D'un côté il pourrait affirmer qu'il refuse de travailler avec des repris de justice, mais là son amour propre devrait au moins prendre le temps d'un bain Mir Laine pour être présentable, ou de l'autre côté il pourrait aussi bien dire que, bon, c'est bien beau tout ça, mais lui président, il s'en bat les couilles, et ça te mettrait quand même du désordre sur du désordre, autant dire qu'on passerait du bordel actuel au foutoir version 2.0 augmentée.

Le Sénat vient donc de suivre les conclusions de la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Benalla et ça fait réagir toute la classe politique.

Mais alors, pour le coup, les réactions sont multiples et on sent que cette histoire est plus grosse qu'elle n'en à l'air, vu les déglutitions et les élans temporisés que montrent pas mal de gens.

Parmi les réactions extraordinaires, et à chaud, celle de Doudou du Havre est poilante. Il a dit qu'il boudait le Sénat. Na ! Il ne se rendra pas à l'oral hebdomadaire. Ce qui colle pas bien avec le personnage au demeurant, mais on va pas, nous, lui bouder son plaisir de faire passer un message assez clair : lui, l'affaire Benalla, ça l'emmerde de bout en bout, parce qu'il a une politique à conduire, un pays à gouverner, et que son alter ego de la tête de l'exécutif, le président, commence à lui les briser menu avec ses conneries.

Donc il annonce bouder le Sénat pour indiquer qu'il n'est pas d'accord avec la décision de Gérard Larcher. D'accord ou pas, il ne peut pas faire objectivement le reproche aux sénateurs d'avoir mal travaillé. Mais il peut quand même dire son sentiment que cette situation n'aurait pas dû arriver. Demander l'assignation en Justice d'éléments les plus éminents de la présidence de la République, c'est atteindre le président lui-même, et atteindre le président, c'est risquer pour Philippe de se retrouver prématurément au chômage alors qu'il a pas fini de saloper les structures du pays.

Côté gouvernement, on a Griveaux pérorant depuis plusieurs semaines que le Sénat instrumentalise un dossier à des fins politiques. Il insiste en indiquant que les sénateurs ont travaillé sur un dossier qui est vide et tout ça n'a pas de sens.

Amusant quand on reprend les choses dans l'ordre : les sénateurs n'ont pas travaillé sur un dossier vide, ils ont écouté des gens sur le cas Benalla, constaté que les gens interrogés ont mentis sciemment et on noté ce qu'ils ont observé ... un point, un trait. Peut-on instrumentaliser du vide ? Ben voyons Benji ... ! Peut-on dire qu'un mensonge dénoncé en toute simplicité et sur le seul fait que la vérité est différente de ce que disent des personnes, preuves à l'appui revient à faire de la politique ? Peut-être pour Benjamin Griveaux, probablement pas pour l'observateur moyen. Un mensonge est un mensonge, et un parjure une bêtise.

Les sénateurs ont terminé leur travail d'enquête. Il en ressort que, de leur point de vue la sécurité de la fonction présidentielle a été mise en péril. Ils n'ont pas prononcé, pour ce que j'en sais, le terme d'atteinte à la sûreté de l’État, mais ça devait leur piquer la langue quand même.

Cette épopée Benalla, qui n'est pas terminée, poursuit Macron comme le regard porté par Abel sur Caïn. Ça devient biblique. La République a quelque chose à faire comprendre à Macron qui doit bouillir de trouver comment noyer le poison pour que demain soit un autre jour.

Ces temps-ci rien ne lui est épargné au bistouquet, notre président en exercice. Et quel exercice. Les gilets jaunes, qui ont quand même puisé une partie de leur énergie dans les errements de Macron, dont les épisodes Benalla font partie intégrante, ont fait péter le champagne samedi dernier, au point de départir Castaner de son calme apparent. Il a failli perdre la tête sur fond de violences appuyées sur les Champs-Élysées. Le ministre de l'Intérieur a montré les limites de ses compétences en deux épisodes ... le premier où il termine la nuit tout en tendresse avec une ancienne collègue de travail, le second où il tente de montrer que la tendresse, bordel, ça fait pas gagner les batailles rangées.

Il a loupé l'oral et l'écrit ces derniers jours, son aura de ministre est partie enfumée.

Pour le prochain épisode en jaune, on nous promet l'armée dans les rues pour sécuriser les cortèges déclarés et les lieux de "pouvoir". Macron fait appel au seul personnel administratif sur lequel il a un pouvoir direct, les militaires. Entre temps on aura pu comprendre que les violences soutenues de samedi dernier ont eu pour cause principale la mauvaise utilisation des ressources et moyens des forces de police. Ce qui coûte, pour éviter de décapiter Castaner lui-même, le poste au préfet de police de Paris, Michel Delpuech, qui paye surtout une antipathie développée par la macronie dans les méandres de l'affaire Benalla.

On reproche au préfet Delpuech son manque de "courage", ou de rigueur, on mentionne qu'il aurait laissé des subalternes agir avec mollesse, et que tout ça va changer. Delpuech s'en va, triste fin de carrière pour lui, il est remplacé par Lallement qui n'est pas exactement ce qu'on peut imaginer de mieux comme solution anti-manifestations houleuses, vu qu'il couvrait Bordeaux jusque-là et que les gilets jaunes à Bordeaux ça fait autant de dégâts qu'à Paris.

Mais Castaner, qui vient d'introniser Lallement rue de la Cité, lui a dit publiquement dans la cour d'honneur de la «PP» lors de son "installation": «Je vous demande l'impunité zéro. La place des black blocs, c'est en prison.».

Donc maintenant on va pouvoir admirer du Lallement sec pour changer du Delpuech mou. Au passage, Castaner montre ici la grandeur de sa vision du monde en général et de la politique en particulier : pour lui l'ennemi du moment c'est le black-bloc.

Avec des annonces de cet acabit, sans tenter de pronostic, je ne serai pas étonné que le changement de préfet et de différents hauts cadres sur Paris ne donne rien de mieux. Si ce sont les black-blocs qui sont désignés par les médias, ou l'opinion, pour mentionner les fauteurs de troubles dans les manifestations, il conviendrait quand même de comprendre mieux, premièrement qui sont les casseurs, et ensuite pourquoi on en arrive à mobiliser avec une telle énergie des gens qui n'ont rien à voir avec les gilets jaunes du départ.

Il faut donc envisager que les désordres récents se poursuivent, sous une forme ou une autre, avec ou sans l'armée, et surtout espérer que le fait de détacher des effectifs de Sentinelle, l'opération de maintien de la sécurité axée sur le terrorisme, ne provoque pas une montée des bavures côté manifestations, ou un regain de vocations côté terrorisme.

L'image du merdier français ne réjoui personne, surtout pas les français eux-mêmes, mais elle peut toujours attirer des candidats au quart d'heure imbécile de célébrité inutile. C'est un risque.

En principe, les effectifs militaires devraient être placés en protection des "lieux de pouvoir", en garde statique, ce qui montre bien que finalement il ne s'agit que d'une annonce, un effet de manche, permettant au mieux de donner plus de temps aux policiers pour courir après les casseurs. Un facteur de risque ajouté par la décision de Macron d'appeler les soldats en soutien d'opérations intérieures, c'est qu'ils seront de potentielles cibles supplémentaires pour des casseurs énervés, avec des compétences et un équipement ne correspondant pas à l'action de sécurité publique.

Mais ce qui est plus préoccupant, au fond, c'est l'image d'une France qui ressemble par moment de plus en plus à celle de 1870, sans la pression d'une guerre avec un pays voisin bien sûr, mais avec une atmosphère qui reste pré-insurrectionnelle à bien des endroits et un pouvoir préoccupé par toutes sortes de sujets qui ne relèvent pas de la tentative de réparer ce qui ne fonctionne pas bien.

Foireuse. C'est le mot qui me vient à l'esprit pour faire la synthèse de la politique menée depuis bientôt deux ans. On "fêtera" le deuxième anniversaire vers les élections européennes. On vient de fêter les 51 ans des prémices de mai 68.

On vient de fêter aussi les 40 ans de la disparition de Jean Monnet, le 16 mars. Et ça remet dans l'actualité, la perspective de l'Europe communautaire.

Lire un peu ce qu'a été la vie de Jean Monnet ne permet pas forcément d'en déduire qu'il fut un grand humaniste. Ce n'est pas si simple que ça la vie de Jean Monnet. Avec mon côté espiègle, je dirais qu'il est devenu quelqu'un qui a compté dans l'Histoire, un des pères fondateurs de l'Europe, parce qu'il a su bien utiliser les instruments qui lui ont permis de se lancer dans la vie.

Pour faire simple, le début de la réussite de Jean Monnet est venu du fait qu'il avait horreur de faire traverser des bateaux à vide entre l'Europe et l'Amérique. Pour le reste, chacun pourra trouver intéressant ou pas d'en savoir plus, mais à bien y réfléchir, le parcours d'un grand homme n'est pas nécessairement dessiné sur les plus grandes routes. Par contre, et ça c'est important, on aime ou pas les idées qui ont poussé Jean Monnet à vouloir l'Europe, mais il avait au fond de lui une folle envie d'une humanité sans frontières, et moi j'aime bien cette idée-là.

Bon, il y a des personnes, de temps en temps, qui peuvent faire bien les choses coûte que coûte. Ca existe.

Mais là, ces jours-ci, c'est pas facile à trouver quand même.

Donc Gérard Larcher de Rambouillet a t-il été à l'origine du groupe de ceux qui veulent casser le cabinet du président ? Y a pas une nouvelle loi anti casse-couille ?



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